mercredi 25 février 2009

The Wrestler de Darren Aronofsky : ***/4


Aronofsky nous avait habitué dans ses films à une esthétique clinquante. Une musique omniprésente, des cadres léchés… ses détracteurs lui reprochaient son imagerie publicitaire. Le semi échec de son film précédent : The fountain nous avait montré un cinéaste qui avait du mal à se renouveler, et dont le style avait montré ses limites. Quelle ne fut pas ma surprise lors des premiers plans de son dernier opus.
The wrestler s’ouvre sur Randy, catcheur déchu, de dos, filmé en caméra portée. Le choc est de taille. Aronofsky a remplacé toute son équipe technique habituelle. On est ici proche d’une esthétique documentaire, ou de ce que l’on pourrait appeler le cinéma vérité. L’aspect rugueux du métrage est renforcé par l’utilisation de pellicule 16mm, au grain deux fois plus gros que sur des films 35mm traditionnels.

Contrairement aux autres films, trop nombreux de nos jours, adoptant une esthétique similaire, le procédé n’est pas ostentatoire. On est loin des caméras portées des frères Dardenne filmant leurs protagonistes de dos, aidé d’un caméraman atteint de la maladie de parkinson. Ici, la technique, bien qu’admirable se fait invisible. Le but est de rester au plus près des corps, de se tenir à proximité de ces héros de pacotille en collants bariolés.

Malgré son apparence classique, The wrestler se permet quelques envolées stylistiques, permettant de mieux faire ressentir le drame de Randy. On pense à la séquence de catch en flashback, véritable séance de torture infligée à coups de fil barbelé et d’agrafeuse. Le film nous montre d’abord les blessures de Randy soignées par le médecin, avant de nous ramener par d’astucieux flashbacks à l’origine de ces contusions. Cela permet au spectateur de ne ressentir que les conséquences de la violence sans être subjugué par le spectacle orchestré par ces professionnels de la douleur.

On a beaucoup parlé de l’interprétation remarquable de Mickey Rourke, qui a raté de peu cette année l’oscar du meilleur acteur. Affublé de prothèses auditives et de lunettes de grand-mères, recouvert d’ecchymoses et de cicatrices, ce colosse de 200 kg fait peine à voir. Car plus que de rédemption, il est question ici de douleur et de dégradation du corps. Rourke joue à la perfection cette montagne de muscle en fin de vie, se rendant compte qu’il ne peut plus faire ce pourquoi il a vécu jusqu’à maintenant.

Il y a cette séquence étonnante où, confinés dans une salle des fêtes glauque, des anciennes légendes signent des autographes contre quelques billets verts. Ici, Randy contemple son avenir. Il observe ses congénères réduit dans des fauteuils roulant, ou au physique diminué. Inapte en vivre en société, incapable d’aller sur le ring, Randy n’est plus complètement un être humain. Rêvant des acclamations de la foule alors qu’il traverse les couloirs d’un supermarché, le catcheur a tout perdu, la santé, sa famille, ses ambitions.

L’intelligence du film provient de son traitement, très discret et efficace. Il est intéressant de voir tous ces réalisateurs de la deuxième moitié des années 90 commencer à assumer la relève des grands cinéastes. Ces metteurs en scène que l’on accusait facilement d’esbroufe et de superficialité ont à peu près tous abandonné depuis quelques temps leurs effets de manches pour se concentrer ce qui représente le cœur de l’art cinématographique : le drame. Des films comme Zodiac de David Fincher, There will be blood de Paul Thomas Anderson, ou encore L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik nous ont montré que cette génération est arrivée à maturité, et ses cinéastes s’apprêtent à nous donner les meilleurs films de leur carrière.

The wrestler est donc un magnifique bras d’honneur à tous les détracteurs d’Aronofsky, qui l’accusaient d’être le plus artificiel des réalisateurs. Il vient de nous montrer que son ciném, débarrassé de ses traditionnels atours, possède ce qui devrait se trouver au centre de chaque film : un drame émouvant ramenant le spectateur à son propre vertige existentiel.
Duck

mardi 13 novembre 2007

Les promesses de l’ombre de David Cronenberg : ***/4


Une rue sombre, une petite échoppe de barbier, le propriétaire discute de banalités avec son client. Son fils rentre. Le barbier essaie de le convaincre de prendre le rasoir. Il hésite un instant, puis attrape l’objet. Le client comprend ce qui se passe, mais il est trop tard, la lame a déjà pénétré son coup, et du sang coule à flot, rouge, se mêlant parfaitement aux ambiances orangées et aux lumières mordorées auxquelles nous a habitué Peter Suschitzky, le chef opérateur en titre de Cronenberg. Ainsi s’ouvre les promesses de l’ombre, et ainsi peut se résumer le film : une ambiance lourde, et des situations banales dans lesquelles la violence est sous-jacente, n’attendant que de pouvoir exploser à quelques rares moments clefs et magnifiques de ce sombre opus.

La première chose qui frappe dans ce film sur la mafia Russe : l’absence presque ostentatoire d’armes à feu. Ici, tout passe par la froideur de la lame. Chaque blessure sera faite avec violence et lenteur par des petits objets tranchants, montrant la rencontre contre nature, chère à Cronenberg, entre la chair et le métal. Les corps ici ne sont que viandes mutilés, parties lacérées, et membres arrachés. La découpe froide, lente et systématique, comme dans la séquence de préparation d’un cadavre, afin de le rendre méconnaissable, est élevée au rang d’art. Un art froid et sans âme allant de pair avec une dégénérescence de l’esprit, insensibilisé par une vie décadente.

Le corps mutilé, façonné, est ici élevé au rang d’art au travers des tatouages des protagonistes, incrustés dans la chair par le métal, qui après avoir été prophétiques dans crash, revêtent ici une signification de prédestination. Représentant le passé peu reluisant et ineffaçable des mafieux russes, les condamnant à une vie dans l’ombre. Leur application entraîne une mort plus ou moins immédiate, stigmatisée dans la scène du hammam, modèle du genre, montrant une lutte longue et difficile entre deux hommes armés, et un autre, nu. L’agonie est lente et le combat violent.

Malgré ces quelques éléments présents et récurrents à l’univers torturé de Cronenberg, force est de constater que son cinéma s’épure. Le film revêt une beauté formelle très simple, et finalement peu stylisée. Nulle trace ici non plus de l’humour décalé duquel le cinéaste saupoudrais quelques uns de ses films, et notamment History of Violence, son film précédent, et très proche thématiquement, et dans une moindre mesure formellement de ces promesses de l’ombre. Son cinéma se simplifie pour laisser de moins en moins de trace des tics de réalisation qui jadis jonchaient les métrages du réalisateur. Ce n’est pas forcément un mal, seulement une constatation.

Le style plus reconnaissable est celui de son scénariste, Steve Knight, qui après Dirty Pretty Things, réalisé par Stephen Frears, et que je recommande à tous, continue son exploration du Londres alternatif. La structure est parfaitement construite, et les personnages tous nuancés et profonds. Leurs blessures sont logiques, et leurs caractères particuliers. La tension et le rythme sont maintenue durant toute la séance, et le langage imagée ne paraît pas inapproprié, il permet au contraire de donner de la substance à un sujet, à mi-chemin entre thriller et drame social, qui sans cela pourrait tomber dans le misérabilisme le plus total, et la chronique la plus banale. Rien de cela, l’histoire de ces personnages est ici élevée au rang de tragédie.

Un mot sur Viggo Mortensen, tout simplement impressionnant, qui avec une économie de jeu incroyable arrive à faire passer toute la terreur et l’ambigüité que dégage son personnage, à mi-chemin entre chevalier et bourreau. Un petit geste, un regard, son accent russe impeccable, et un gangster apparaît sous nos yeux.

Thriller de facture classique, dégageant une tension malsaine et dérangeante, ce film tient toutes ses promesses.
Duck

samedi 13 octobre 2007

L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominik: ****/4


Comme son titre l’indique, le film retrace l’histoire de la plus célèbre trahison de l’ouest. Mais au-delà de cela, ce qui intéresse vraiment Andrew Dominik, c’est de tracer le portrait croisé du bandit Jesse James, et de son assassin Robert Ford (interprétés respectivement par Brad Pitt et Casey Affleck qui trouvent là les meilleurs rôles de leurs carrières). La description est très précise et réaliste, allant jusqu’à essayer d’imaginer quels dialogues auraient pu sortir de la bouche des personnages. Nous découvrons ainsi un Robert Ford complètement subjugué par son idole, un véritable fan, qui fut à Jesse James ce que Mark David Chapman fut à John Lennon : à la fois un admirateur, et un assassin.

C’est par touches que le réalisateur développe le caractère des personnages. A travers la mise en scène envoutante, proche de ce que l’on peut voir chez Terrence Mallick, Dominik tends vers une approche très sensorielle des choses, amenant le spectateur au plus prés des émotions. La précision de la réalisation donne un aspect presque clinique aux événements, avec un traitement similaire à celui de David Fincher sur Zodiac, cette année. Sentiment renforcé par la voix off, envoutante, qui donne un effet de distanciation.

Mais la beauté des images cachent une violence sauvage et frontale, attendant d’exploser à chaque instant. Le film réserve quelques scènes d’anthologie, comme l’attaque ratée d’un train au début du film, mis en scène avec virtuosité, jouant avec les ombres, comme dans ce plan, où Jesse James scrute les ténèbres de la nuit, attendant de voir la lumière de la locomotive surgir du néant.

Western sensoriel et contemplatif, l’assassinat de Jesse James est un véritable coup de maître dans la jeune carrière d’Andrew Dominik, dont c’est le second film, et dont nous attendrons avec impatience les prochains films. La naissance d’un maître ?

Duck

Resident Evil : Extinction de Russell Mulcahy : 0/4


Paul WS Anderson, l’enfant terrible des adaptations de jeux vidéos, est de retour au scénario de, n’ayons pas peur des mots, cette belle merde. Le jumeau maléfique de Paul Thomas Anderson en aura-t-il un jour assez de faire des films vide et sans intérêt, pour se tourner vers un cinéma plus semblable a celui de son illustre homonyme ? Je pose la question.

Ce film est tellement en dessous de la plus infâme merde d’Uwe Boll, que je ne consacrerais ces lignes seulement qu’à la description de deux phénomènes particulièrement désagréables, et communs à la plupart des séries B bâclées du moment.

Le premier est la scène de « Quartier Général ». Vatout surpuissant à usage des scénaristes pantouflard, ces séquences consistent à montrer une scène, du côté des bons ou des mauvais, se déroulant dans le quartier général, et n’ayant aucun lien avec la dramaturgie du récit. Cela permet de lâcher des informations sans se creuser la tête pour trouver une manière subtile de les amener. Cela sonne toujours très artificiel et caricatural, et ennuie plutôt que d’informer.

Il arrive parfois que cela soit combiné avec la lecture du profil psychologique d’un personnage, évitant au scénariste débutant la difficulté de travailler sur la caractérisation. Nous y échappons de peu dans ce film, étant entendu que ces scènes avaient déjà été présentées au spectateur dans les précédents opus de la saga.

Les scènes de « Quartier Général » sont néanmoins particulièrement gratinées dans le métrage de Russell Mulcahy (qu’il est loin le temps ou il était un réalisateur efficace de série B, cf Highlander). Des méchants très méchants faisant des expériences très méchantes, et énonçant à haute voix tous les tenants et aboutissants de l’histoire. On atteint le degré zéro du cinéma d’action, où un narrateur raconterait vite fait ce qu’il se passe entre deux scènes de baston, pour ne retenir à l’écran que l’essentiel : les explosions et les membres arrachés. Peut être est-ce là l’aboutissement d’une recherche esthétique du dégoût absolu ?

Le deuxième thème sur lequel je voulais débattre est ce que j’appelle le syndrome de l’ouvrier polyvalent. Il s’agit, dans les organisations maléfiques, du larbin qui est capable de n’importe quelle prouesse : le garde du corps ou le soldat ayant des compétences en chimie organique, en ingénierie nucléaire, voire même en piratage de satellite gouvernementaux (si si, je vous jure, cela donne lieu a une des séquence les plus délicieusement absurde de tout le film).C’est comme ça, si l’on veut ne serait-ce qu’avoir la chance de récurer les chiottes du Malin, il faut deux doctorats et un CAP carrosseries, sans compter l’entraînement militaire expérimental.

Ce syndrome de plus en plus fréquent permet de réduire le nombre de personnage, et surtout de tous les faire participer à l’action. Ainsi on ne perd plus de temps avec ces gens qui ne servent à rien, et que l’on appelle scientifiques ! On veut des explosions, merde ! Le film atteint un sommet lorsque l’on apprend que le président de la république du monde est un excellent médecin-chimiste spécialisé dans les mutations du corps humains. Cela nous amène à relativiser la séquence du président/pilote de chasse d’Independence Day !

On pourrait parler des séquences honteusement copiées de grand classiques, tels que Mad Max 2 ou les oiseaux, ou encore énoncer le manque de rigueur dans la description du comportement des zombies. Mais il y a tellement à dire et si peu de lignes pour ce film qui restera dans les annales comme une des plus grandes arnaques du cinéma.
Duck

mardi 2 octobre 2007

Regarde-moi : 0/4


« Regarde-moi » est un film qu’il vaut mieux regarder les yeux fermés. Non pas que le film soit moche (la photo du film est plutôt réussie comparée à la moyenne française, et la réalisation est parfois réussie) , c’est juste qu’il est totalement inintéressant. Espérons par ailleurs que son titre anglais officiel un rien péteux « Ain’t scared » ne l’empêchera pas de ne pas être distribué ailleurs qu’en France, pour que nos amis européens et américains ne soient pas soumis eux aussi à ce supplice.

Pourquoi me direz-vous ? Pourquoi jeter l’opprobre sur un film qui montre « enfin » la réalité sans fards de nos cités ?

Déjà parce que les acteurs jouent mal ; à côté les acteurs de « L’Esquive » sont tous des Gérard Depardieu en puissance. Ensuite parce que le film est mal écrit. Pas mal écrit comme le serait un film de Michael Bay. Non. Juste incompréhensible

Rien de cette bouillie filmique ne réussit atteindre notre cerveau. Oh bien sûr le film suscite la réflexion, du type : Pourquoi ce personnage fait ça ? Qu’apporte donc cette narration en deux temps (deux fois la même période mais sous deux angles différents) ? Quelle heure il est ? Quand est-ce qu’on sort ?

Pour parler plus sérieusement du film disons que c’est un film choral, c'est-à-dire un film mettant en scène beaucoup de personnages, qui ont chacun des liens entre eux. Ces personnages ont tous une vie plutôt minable (normal ils habitent en cité). En plus de la frustration inhérente au lieu (les immeubles sont très moches) s’accumule la frustration sexuelle et le racisme. Résultat ils ont tous la haine. Cette haine touche surtout les filles d’ailleurs. Elles occupent la plus grande place, et sont censés être l’originalité du film ; c’est vrai, comment faire quand on est une fille dans la cité ?

Réponse de la réalisatrice : « Je ne sais pas mais en tout cas elles ont grave la haine. C’est pour ça qu’elles se tapent sans raisons et se mettent des concombres dans les fesses. Parce qu’elles ont envie de sortir avec des types mais comme elles sont trop moches elles peuvent pas donc elles se vengent sur les autres filles qui sont moins moches et brisent leurs rêves de partir loin même si en fait elles pourraient partir avec leur amoureux mais ne le font pas. C’est pour ça que la haine entraîne la haine. Mais bon tout se pardonne, surtout lorsqu’on fait le deuil de son innocence en prenant une douche, en se mettant la boule à zéro et en attendant que ça repousse. »

Vous avez rien compris ? Normal nous non plus.

Admettons quand même que la réalisatrice a bon goût puisqu’elle remercie à la fin du générique toute une série de réalisateurs l’ayant inspiré parmi lesquels Martin Scorsese. Heureusement qu’elle a fait le premier pas parce qu’il ne risque pas de lui rendre le remerciement de si tôt.

Raf

dimanche 30 septembre 2007

A vif: **/4


Aux Etats-Unis et contre toute attente on juge les gens avant de les mettre en prison ou de les exécuter. Mais Jodie Foster n’est pas de cet avis. En effet depuis qu’elle s’est fait massacrer son mari devant les yeux, elle a décidé de se la jouer à la Batman, mais genre bien bourrin et avec peine de mort à la clé. Et comme elle a beaucoup de chance elle va rencontrer plein de gros bâtards dès qu’elle mettra un pied dans la rue, jusqu’au boss final, le mec qui a tué son boyfriend.

Cependant il ne faut pas oublier que tous les types qu’elle tuera sont en fait encore plus méchants qu’ils ne le paraissent car ils ont un sacré casier comme le fait remarquer à chaque meurtre le policier chargé de l’enquête.

Mais bon Jodie ne reste qu’un homme (enfin une femme) et elle a des remords à force de tuer des gens même s’ils sont très coupables et ne méritent pas de procès (« Je sens une étrangère en moi » rappelle en effet la subtile voix off). A cela se rajoute une scène d’une finesse exemplaire où Jodie, animatrice radio à l’origine, discute avec ses auditeurs sur les meurtres qu’elle a elle-même commis et qui agitent l’actualité New Yorkaise– « Mais c’est pas bien de tuer des gens vous avez vu la guerre en Irak c’est pas bien », - « Oui répond Jodie , tout à fait d’accord » - « Mais non c’est bien de tuer des gens surtout s’ils sont méchants », ajoute un autre auditeur « Non, répond Jodie je ne suis pas d’accord avec vous» …

Pourtant elle continuera à faire tout le contraire ; quelle ambiguïté n’est-ce pas ? Quel incroyable dilemme !

Est-ce qu’un criminel a une âme?
Doit-on juger une personne si on sait qu’elle est coupable ?
Doit-on mettre une personne en prison si on peut la tuer ?

Autant de questions incroyablement profondes que pose le film, accompagnant la réflexion d’une musique d’enterrement.

En termes de mise en scène on n’est d'ailleurs jamais allé aussi loin dans le mauvais goût. Dieu me protège de cette scène abominable où Jodie Foster salement amochée arrive à l’hôpital; le réalisateur enchaîne dès lors des plans sur les fesses et les seins nus de Jodie, tantôt ensanglantés, tantôt rayonnant de blancheur, dans un flashback version érotique avec son désormais défunt mari le tout avec musique tire larmes.

Scénaristisquement c'est un désastre. Le film prend toujours la voie la plus facile, apportant tout de go questions et réponses aux problèmes "moraux", et l'enquête policière, soignée au début, lance des pistes qui ne seront pas exploitées.

Évidemment on sait que le film va se rattraper à la fin –enfin moralement parce que sinon c’est quand même un peu n’importe quoi – que Jodie prise dans sa folie justicière va se voir arrêter par la police et qu’on aura après une voix off «Ce que j’ai fait ce n’est pas bien pardon, en me vengeant je suis moi même devenue un assassin, une étrangère, oui celle dont je parlais dans la voix off et qu’on a rajouté au montage pour rendre le film profond.»

En fait non. Le policier chargé de l’enquête sur ses meurtres, qui a appris à mieux la connaître, se rend compte qu’il y a certaines personnes qui méritent vraiment de mourir, surtout lorsqu’elles sont capables de battre le petit ami de Jodie à mort et de le filmer en même temps pour le partager sur You Tube. Résultat il va lui prêter main forte («Si vous voulez tuer ce type faites le de manière légale», dit-il en lui donnant son flingue).

Ainsi « A Vif » (The Brave One en vo) innove, puisque grâce au personnage tourmenté de Jodie Foster, il devient le premier fil d’auto justice de gauche avec fin troisième Reich en bonus. Un authentique film fasciste donc à ranger à coté de chefs d’œuvre tels que «L’enfer du devoir» ou «Emprise» bien que ces derniers soient quand même plus subtils et moins hypocrites.

Alors pourquoi deux étoiles? Parce que le film, bien qu'incontestablement raté assure le minimum et retient l'attention grâce à l'interprétation impeccable de Jodie Foster et de Terence Howard, pourtant handicapés par des personnages mal écrits.

Mais surtout parce que ce film répond à tous nos fantasmes d'auto-justice sanglante, parce qu'au fond, on a tous un peu de fasciste en soi.

Raf

samedi 29 septembre 2007

L’âge des ténèbres de Denys Arcand : **+/4


Jean-Marc Leblanc travaille dans l’administration. Son mariage est un simulacre, et ses enfants le détestent. Dans ce monde délabré, où la maladie et la déchéance rodent, il s’imagine une vie pour échapper à la réalité.

Sur ce propos désabusé, Arcand, non sans humour, fait un portrait au vitriol de la société actuelle. Les dialogues sont savoureux, et le film réserve certains moments de bravoure, comme la séquence du speed dating, hilarante, se terminant sur une touche poétique. De nombreuses références, à Tarantino ou à Peter Jackson entre autre, apportent un côté baroque, excessif à ce film tout sauf réaliste. Il ne s’agit donc pas d’un film social, mais plutôt d’une évocation très personnelle de la vie moderne.

La technique est très bonne, que cela soit la photographie, qui n’a rien à envier aux meilleures productions Hollywoodiennes, ou la réalisation, classique mais maîtrisée. Cependant, le film est très inégal. Certaines scènes assez faibles viennent assombrir le tableau et rendent le film parfois lourd et laborieux (je pense notamment à l’ultime séquence, vraiment inutile). De plus, l’intrigue n’est pas vraiment resserrée, il s’agit plus d’une succession de sketch. Cela amène des baisses de rythmes assez gênantes, bien que compensées par la virtuosité de certains moments.

Marc Labrèche dans le rôle de ce loser ordinaire fait des merveilles, modifiant parfois sa voix dans les séquences oniriques, et montrant cet abîme qui se creuse dans notre société. Perdu parmi tant de cas, tous similaires, mais tous uniques (symbolisées par les différentes personnes dont s’occupe Jean-Marc Leblanc à l’administration). On s’attache facilement à ce personnage, et à son univers fait de millions d’anonymes, et de destins inaccomplis. Un monde où il est impossible de trouver sa place, seul au milieu des autres, bienvenue dans l’âge des ténèbres.
Duck