vendredi 28 septembre 2007

99 francs de Jan Kounen : ***+/4


Une société dégénérée bouffant sa propre merde, un homme désabusé essayant de faire péter le système. Le thème avait déjà été traité il y a quelques années de cela, dans le magnifique fight club de David Fincher. Le film de Kounen en reprends les thèmes, et dans une certaine mesure la forme. Le propos est tout aussi virulent, et s’axe principalement sur une critique de la publicité.

La réalisation est impeccable. Utilisant une imagerie de publicité, et des images de synthèse, donnant parfois un aspect dégueulace et indigeste au tout, mais appuyant le fond, et étant parfaitement en adéquation avec le propos. Nous assistons a un patchwork d’image, de diverses formes et sources, s’assemblant avec plus ou moins de bonheur, saturant le cadre de couleurs criardes, et de décors baroques, rendus plus impressionnants encore par l’utilisation systématique de focales courtes, écrasant les personnages dans un monde déformé.

Cet effet de montage disparate, finalement très publicitaire, est renforcé par les musiques, presque toutes tirées, ou inspirées d’autre films : de Ennio Moricone à Barry Lyndon en passant par in the mood for love, et sans oublier la magnifique musique de la ligne rouge dans la scène finale très ironique, 99 francs évoque tout un pan du cinéma, qu’il recycle aussi à travers les images (le bébé de 2001 l’odyssée de l’espace, la séquence en dessin animée de tueurs nés…). Il reprend ainsi ce qu’orchestre la publicité, qui puise dans le cinéma tout un tas d’idée afin de les inclure dans une logique mercantile. Il recycle ces éléments une nouvelle fois, et les réintègrent dans une logique cinématographique et artistique.

Le détournement va plus loin puisque chaque utilisation de musique va à l’encontre de son propos original : le bébé de 2001, qui signifie une renaissance dans le film de Kubrick, symbolise ici l'égarement d’Octave, le héro. La musique d’in the mood for love accompagne une relation de non-amour et de consommation rapide, et les chants de la ligne rouge, bien loin de montrer un éden originel, soulignent ici un paradis artificiel et plus que jamais inaccessible.

Certaines scènes sont superbement écrites. Notamment celle où Octave rencontre des personnages d’une publicité Kinder et se dispute avec eux. Mais il s’agit d’un assemblage de scènes disparates qui ne forment pas un tout cohérent. De plus, le propos est très lourd et serait sans doute relativement indigeste sans la forme, qui propose une vision détachée, et très second degrés de l’ensemble.

Jean Dujardin est extraordinaire dans le rôle du salaud dépressif, et prouve encore une fois qu’il est sans doute le meilleur acteur français de sa génération.

Domage que le film se finisse sur une note de Kounen, disant que des sommes monstrueuses sont dépensées chaque année dans la publicité, et qu’il suffirait d’utiliser une partie de cet argent pour résoudre la faim dans le monde. Ce propos naïf et en désaccord avec le côté cynique du métrage désamorce tout le travail accompli plus tôt. Quelques erreurs qui empêchent donc le film d’atteindre le rang de chef d’œuvre, mais il s’agit sans doute du meilleur film français que vous verrez cette année, alors ne vous privez pas.
Duck

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Wouaw ce film a l'air super, je cours le voir !!
Merci à vous tous, critiqueurs de ce site grâce à qui on sait dorénavant quel film voir ou non au cinéma.

Le cinéma, c'est trop bien.
La cocaine, c'est trop bien.
Cocainéma rallie les deux choses de façon merveilleuse : BRAVO!!!

PS: la vie, c'est trop cool.

Anonyme a dit…

moi j'aime pas le cinéma !

Anonyme a dit…

et moi, j'aime pas ta gueule!