samedi 13 octobre 2007

L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominik: ****/4


Comme son titre l’indique, le film retrace l’histoire de la plus célèbre trahison de l’ouest. Mais au-delà de cela, ce qui intéresse vraiment Andrew Dominik, c’est de tracer le portrait croisé du bandit Jesse James, et de son assassin Robert Ford (interprétés respectivement par Brad Pitt et Casey Affleck qui trouvent là les meilleurs rôles de leurs carrières). La description est très précise et réaliste, allant jusqu’à essayer d’imaginer quels dialogues auraient pu sortir de la bouche des personnages. Nous découvrons ainsi un Robert Ford complètement subjugué par son idole, un véritable fan, qui fut à Jesse James ce que Mark David Chapman fut à John Lennon : à la fois un admirateur, et un assassin.

C’est par touches que le réalisateur développe le caractère des personnages. A travers la mise en scène envoutante, proche de ce que l’on peut voir chez Terrence Mallick, Dominik tends vers une approche très sensorielle des choses, amenant le spectateur au plus prés des émotions. La précision de la réalisation donne un aspect presque clinique aux événements, avec un traitement similaire à celui de David Fincher sur Zodiac, cette année. Sentiment renforcé par la voix off, envoutante, qui donne un effet de distanciation.

Mais la beauté des images cachent une violence sauvage et frontale, attendant d’exploser à chaque instant. Le film réserve quelques scènes d’anthologie, comme l’attaque ratée d’un train au début du film, mis en scène avec virtuosité, jouant avec les ombres, comme dans ce plan, où Jesse James scrute les ténèbres de la nuit, attendant de voir la lumière de la locomotive surgir du néant.

Western sensoriel et contemplatif, l’assassinat de Jesse James est un véritable coup de maître dans la jeune carrière d’Andrew Dominik, dont c’est le second film, et dont nous attendrons avec impatience les prochains films. La naissance d’un maître ?

Duck

Resident Evil : Extinction de Russell Mulcahy : 0/4


Paul WS Anderson, l’enfant terrible des adaptations de jeux vidéos, est de retour au scénario de, n’ayons pas peur des mots, cette belle merde. Le jumeau maléfique de Paul Thomas Anderson en aura-t-il un jour assez de faire des films vide et sans intérêt, pour se tourner vers un cinéma plus semblable a celui de son illustre homonyme ? Je pose la question.

Ce film est tellement en dessous de la plus infâme merde d’Uwe Boll, que je ne consacrerais ces lignes seulement qu’à la description de deux phénomènes particulièrement désagréables, et communs à la plupart des séries B bâclées du moment.

Le premier est la scène de « Quartier Général ». Vatout surpuissant à usage des scénaristes pantouflard, ces séquences consistent à montrer une scène, du côté des bons ou des mauvais, se déroulant dans le quartier général, et n’ayant aucun lien avec la dramaturgie du récit. Cela permet de lâcher des informations sans se creuser la tête pour trouver une manière subtile de les amener. Cela sonne toujours très artificiel et caricatural, et ennuie plutôt que d’informer.

Il arrive parfois que cela soit combiné avec la lecture du profil psychologique d’un personnage, évitant au scénariste débutant la difficulté de travailler sur la caractérisation. Nous y échappons de peu dans ce film, étant entendu que ces scènes avaient déjà été présentées au spectateur dans les précédents opus de la saga.

Les scènes de « Quartier Général » sont néanmoins particulièrement gratinées dans le métrage de Russell Mulcahy (qu’il est loin le temps ou il était un réalisateur efficace de série B, cf Highlander). Des méchants très méchants faisant des expériences très méchantes, et énonçant à haute voix tous les tenants et aboutissants de l’histoire. On atteint le degré zéro du cinéma d’action, où un narrateur raconterait vite fait ce qu’il se passe entre deux scènes de baston, pour ne retenir à l’écran que l’essentiel : les explosions et les membres arrachés. Peut être est-ce là l’aboutissement d’une recherche esthétique du dégoût absolu ?

Le deuxième thème sur lequel je voulais débattre est ce que j’appelle le syndrome de l’ouvrier polyvalent. Il s’agit, dans les organisations maléfiques, du larbin qui est capable de n’importe quelle prouesse : le garde du corps ou le soldat ayant des compétences en chimie organique, en ingénierie nucléaire, voire même en piratage de satellite gouvernementaux (si si, je vous jure, cela donne lieu a une des séquence les plus délicieusement absurde de tout le film).C’est comme ça, si l’on veut ne serait-ce qu’avoir la chance de récurer les chiottes du Malin, il faut deux doctorats et un CAP carrosseries, sans compter l’entraînement militaire expérimental.

Ce syndrome de plus en plus fréquent permet de réduire le nombre de personnage, et surtout de tous les faire participer à l’action. Ainsi on ne perd plus de temps avec ces gens qui ne servent à rien, et que l’on appelle scientifiques ! On veut des explosions, merde ! Le film atteint un sommet lorsque l’on apprend que le président de la république du monde est un excellent médecin-chimiste spécialisé dans les mutations du corps humains. Cela nous amène à relativiser la séquence du président/pilote de chasse d’Independence Day !

On pourrait parler des séquences honteusement copiées de grand classiques, tels que Mad Max 2 ou les oiseaux, ou encore énoncer le manque de rigueur dans la description du comportement des zombies. Mais il y a tellement à dire et si peu de lignes pour ce film qui restera dans les annales comme une des plus grandes arnaques du cinéma.
Duck

mardi 2 octobre 2007

Regarde-moi : 0/4


« Regarde-moi » est un film qu’il vaut mieux regarder les yeux fermés. Non pas que le film soit moche (la photo du film est plutôt réussie comparée à la moyenne française, et la réalisation est parfois réussie) , c’est juste qu’il est totalement inintéressant. Espérons par ailleurs que son titre anglais officiel un rien péteux « Ain’t scared » ne l’empêchera pas de ne pas être distribué ailleurs qu’en France, pour que nos amis européens et américains ne soient pas soumis eux aussi à ce supplice.

Pourquoi me direz-vous ? Pourquoi jeter l’opprobre sur un film qui montre « enfin » la réalité sans fards de nos cités ?

Déjà parce que les acteurs jouent mal ; à côté les acteurs de « L’Esquive » sont tous des Gérard Depardieu en puissance. Ensuite parce que le film est mal écrit. Pas mal écrit comme le serait un film de Michael Bay. Non. Juste incompréhensible

Rien de cette bouillie filmique ne réussit atteindre notre cerveau. Oh bien sûr le film suscite la réflexion, du type : Pourquoi ce personnage fait ça ? Qu’apporte donc cette narration en deux temps (deux fois la même période mais sous deux angles différents) ? Quelle heure il est ? Quand est-ce qu’on sort ?

Pour parler plus sérieusement du film disons que c’est un film choral, c'est-à-dire un film mettant en scène beaucoup de personnages, qui ont chacun des liens entre eux. Ces personnages ont tous une vie plutôt minable (normal ils habitent en cité). En plus de la frustration inhérente au lieu (les immeubles sont très moches) s’accumule la frustration sexuelle et le racisme. Résultat ils ont tous la haine. Cette haine touche surtout les filles d’ailleurs. Elles occupent la plus grande place, et sont censés être l’originalité du film ; c’est vrai, comment faire quand on est une fille dans la cité ?

Réponse de la réalisatrice : « Je ne sais pas mais en tout cas elles ont grave la haine. C’est pour ça qu’elles se tapent sans raisons et se mettent des concombres dans les fesses. Parce qu’elles ont envie de sortir avec des types mais comme elles sont trop moches elles peuvent pas donc elles se vengent sur les autres filles qui sont moins moches et brisent leurs rêves de partir loin même si en fait elles pourraient partir avec leur amoureux mais ne le font pas. C’est pour ça que la haine entraîne la haine. Mais bon tout se pardonne, surtout lorsqu’on fait le deuil de son innocence en prenant une douche, en se mettant la boule à zéro et en attendant que ça repousse. »

Vous avez rien compris ? Normal nous non plus.

Admettons quand même que la réalisatrice a bon goût puisqu’elle remercie à la fin du générique toute une série de réalisateurs l’ayant inspiré parmi lesquels Martin Scorsese. Heureusement qu’elle a fait le premier pas parce qu’il ne risque pas de lui rendre le remerciement de si tôt.

Raf