Aux Etats-Unis et contre toute attente on juge les gens avant de les mettre en prison ou de les exécuter. Mais Jodie Foster n’est pas de cet avis. En effet depuis qu’elle s’est fait massacrer son mari devant les yeux, elle a décidé de se la jouer à la Batman, mais genre bien bourrin et avec peine de mort à la clé. Et comme elle a beaucoup de chance elle va rencontrer plein de gros bâtards dès qu’elle mettra un pied dans la rue, jusqu’au boss final, le mec qui a tué son boyfriend.
Cependant il ne faut pas oublier que tous les types qu’elle tuera sont en fait encore plus méchants qu’ils ne le paraissent car ils ont un sacré casier comme le fait remarquer à chaque meurtre le policier chargé de l’enquête.
Mais bon Jodie ne reste qu’un homme (enfin une femme) et elle a des remords à force de tuer des gens même s’ils sont très coupables et ne méritent pas de procès (« Je sens une étrangère en moi » rappelle en effet la subtile voix off). A cela se rajoute une scène d’une finesse exemplaire où Jodie, animatrice radio à l’origine, discute avec ses auditeurs sur les meurtres qu’elle a elle-même commis et qui agitent l’actualité New Yorkaise– « Mais c’est pas bien de tuer des gens vous avez vu la guerre en Irak c’est pas bien », - « Oui répond Jodie , tout à fait d’accord » - « Mais non c’est bien de tuer des gens surtout s’ils sont méchants », ajoute un autre auditeur « Non, répond Jodie je ne suis pas d’accord avec vous» …
Pourtant elle continuera à faire tout le contraire ; quelle ambiguïté n’est-ce pas ? Quel incroyable dilemme !
Est-ce qu’un criminel a une âme?
Doit-on juger une personne si on sait qu’elle est coupable ?
Doit-on mettre une personne en prison si on peut la tuer ?
Autant de questions incroyablement profondes que pose le film, accompagnant la réflexion d’une musique d’enterrement.
En termes de mise en scène on n’est d'ailleurs jamais allé aussi loin dans le mauvais goût. Dieu me protège de cette scène abominable où Jodie Foster salement amochée arrive à l’hôpital; le réalisateur enchaîne dès lors des plans sur les fesses et les seins nus de Jodie, tantôt ensanglantés, tantôt rayonnant de blancheur, dans un flashback version érotique avec son désormais défunt mari le tout avec musique tire larmes.
Scénaristisquement c'est un désastre. Le film prend toujours la voie la plus facile, apportant tout de go questions et réponses aux problèmes "moraux", et l'enquête policière, soignée au début, lance des pistes qui ne seront pas exploitées.
Évidemment on sait que le film va se rattraper à la fin –enfin moralement parce que sinon c’est quand même un peu n’importe quoi – que Jodie prise dans sa folie justicière va se voir arrêter par la police et qu’on aura après une voix off «Ce que j’ai fait ce n’est pas bien pardon, en me vengeant je suis moi même devenue un assassin, une étrangère, oui celle dont je parlais dans la voix off et qu’on a rajouté au montage pour rendre le film profond.»
En fait non. Le policier chargé de l’enquête sur ses meurtres, qui a appris à mieux la connaître, se rend compte qu’il y a certaines personnes qui méritent vraiment de mourir, surtout lorsqu’elles sont capables de battre le petit ami de Jodie à mort et de le filmer en même temps pour le partager sur You Tube. Résultat il va lui prêter main forte («Si vous voulez tuer ce type faites le de manière légale», dit-il en lui donnant son flingue).
Ainsi « A Vif » (The Brave One en vo) innove, puisque grâce au personnage tourmenté de Jodie Foster, il devient le premier fil d’auto justice de gauche avec fin troisième Reich en bonus. Un authentique film fasciste donc à ranger à coté de chefs d’œuvre tels que «L’enfer du devoir» ou «Emprise» bien que ces derniers soient quand même plus subtils et moins hypocrites.
Alors pourquoi deux étoiles? Parce que le film, bien qu'incontestablement raté assure le minimum et retient l'attention grâce à l'interprétation impeccable de Jodie Foster et de Terence Howard, pourtant handicapés par des personnages mal écrits.
Mais surtout parce que ce film répond à tous nos fantasmes d'auto-justice sanglante, parce qu'au fond, on a tous un peu de fasciste en soi.Raf


















